Le French Paradox a longtemps émerveillé les américains.

De quoi s’agit-il ?

En deux mots, une particularité française qui serait exceptionnelle : celle d’avoir moins de maladies cardiovasculaires malgré un taux de gras dans le sang (cholestérol…) comparable sinon supérieur à celui des autres occidentaux.

Comprenez qu’ils ne conçoivent pas que nous puissions vivre en mangeant autant de matières grasses.

Notre cuisine française leur pose problème, en particulier celle du Sud-Ouest, avec son cassoulet et ses foies gras, et celle de la Provence méditerranéenne avec son huile d’olive à profusion.

Ils ont cherché des raisons dans les aliments d’accompagnement.

Certains ont d’abord pensé au pain, beau symbole français s’il en est (même si actuellement il y aurait beaucoup de choses à dire sur sa qualité qui n’est plus celle d’autrefois…).
Le pain est bien présent sur toutes les tables du pays mais la science n’a rien pu prouver de favorable.

Alors, on a cherché un autre beau symbole français et trouvé un candidat bien tricolore (rouge, blanc, rosé) : le vin !

S’est ainsi développée toute une théorie sur les vertus insoupçonnées du breuvage divin que nos ancêtres auraient sinon inventé du moins bien popularisé.

En plus ça arrangeait bien notre balance commerciale…

Ainsi est née une sorte de caution médicale autour du vin et particulièrement du vin rouge.

Les scientifiques ont trouvé là un terrain de jeux propice à leurs ébats.

Le paradoxe français s’est vu élargi aux pays latins : Espagne, Italie et même Suisse, devenant un moment le Paradoxe Méditerranéen, mélangeant allègrement régimes Crétois, Méditerranéen et Français, huile d’olive et légumes verts…

On a cherché dans le vin ce qui pouvait bien faire baisser le risque cardiovasculaire.

L’alcool peut solubiliser certaines graisses, alors pourquoi pas lui ?

« Les effets bénéfiques d’une consommation modérée d’alcool sur le risque de maladie coronarienne sont clairement documentés par près de 100 études. » a-t-on pu lire en 2002 dans la grande revue scientifique internationale « Circulation ».

Le taux de « bon cholestérol » (HDL) a été relié à une consommation modérée d’alcool, ainsi que la fluidité du sang qui évite l’apparition de bouchons et les dépôts sur les artères (athérosclérose).

Que des bonnes nouvelles ?

Non car il restait un point troublant : et les autres boissons alcoolisées ?
Et la bière ?
Et le whisky ?
Le Cognac ?…
Pourquoi pas ?

Un empêcheur de boire du vin rouge en rond contesta alors les publications rapportant un effet supérieur du vin car, selon lui, « biaisées ».

Que voulait-il dire ?

Que les buveurs de vin ont généralement des habitudes de vie plus saines que ceux qui prennent de la bière ou des spiritueux, ce qui fausserait les résultats…

Aucunement en manque d’imagination, nos chercheurs français ont trouvé un nouveau responsable ou plutôt des responsables : les antioxydants.

Ce fut l’heure de gloire des « polyphénols », molécules auxquelles le vin doit sa couleur.

L’un d’eux fut isolé et mis en avant : le resvératrol.

Cet antioxydant du vin rouge (mais pas seulement) devint la coqueluche des nutritionnistes.

Le faible taux de maladies cardio-vasculaires malgré un régime riche en gras ?

« C’est grâce à lui ! » entend-on alors dans les congrès médicaux.

En réalité cet enthousiasme ne fut lui aussi qu’éphémère.

Allait-on un jour enfin connaître la véritable origine du « paradoxe français » ?

De fait, la genèse du French Paradox tient dans sa propre définition : comment se fait-il que les Français mangent gras et aient moins d’accidents cardiaques et circulatoires que les Américains qui, eux, mangent de moins en moins de gras et ont de plus en plus de maladies cardiaques ?

La réponse, dis-je, est dans la question : les français mangent du gras et c’est pour ça qu’ils vont mieux !

Le gras ne doit pas être montré du doigt systématiquement, il n’est pas invariablement coupable d’une hausse du risque cardiovasculaire.

C’est une question de qualité et de quantité.

Qualité : on la trouve dans les aliments les moins transformés et les plus respectueux de la chaine alimentaire (bio, riches en oméga-3…).

Quantité : les français en mangeant du gras, mangent moins de sucres.

Et c’est le sucre que mangent les américains à la place du gras, qui les rend malades !

A chacun son paradoxe !

En tout cas, ça me fait bien rire !