Il suffit d’aller une fois chez son « thérapeute conventionné » pour l’entendre dire, sûr de lui, que le gras est à l’origine de quasiment tous nos soucis de santé, en tout cas les plus graves.

Et il accuse, pêle-mêle et en vrac, le cholestérol, les triglycérides, les acides gras, les graisses de boucher nos artères, de nous faire grossir, de nous rendre malade…

Il a bien raison, c’est une vérité scientifique contre laquelle on ne peut guère aller.

Il les accuse de provoquer de l’athérosclérose, ces dépôts graisseux qui viennent encrasser la paroi des artères.

Et c’est vrai.

C’est tellement vrai que c’est même la première cause de mortalité au niveau mondial.

Sans parler de la plupart des maladies cardio-vasculaires invalidantes : accidents vasculaires cérébraux (ou « attaques ») et infarctus du myocarde en tête.

Après le méd…, pardon, le « thérapeute conventionné », c’est la presse, la radio, internet, la TV qui relaient le message : « l’athérosclérose, causée par un excès de cholestérol, évolue de façon sournoise au fil des années, sa prévention est capitale », nous dit-on.

Tout cela est généralement accompagné d’explications percutantes : ce qui bouche nos artères, c’est ce dépôt gras formé par du « mauvais » cholestérol.

Il s’accumule au fil des années sur la paroi interne des artères, les épaissit, les durcit, diminue leur élasticité pour finir par les obstruer.

Derrière de tels arguments on a compris la conclusion qui se profile : le gras nous tue.

En tout cas c’est ce qu’en retient le consommateur lambda.

Il lui faut donc éviter de manger des aliments gras.

Plus de cholestérol dans l’assiette, plus de lard, plus de fromage, plus d’œuf…

Pas de beurre non plus.

Et obligation d’assaisonnements ou de cuissons sans huile.

Pas de viande grasse, pas de poisson gras, pas de charcuteries…

Et le « thérapeute conventionné » (conventionné, un mot qui commence bien mal…) acquiesce.

Et les médias en re-rajoutent.

Même les conseils officiels délivrés par nos agences de santé approuvent ou tout au moins ne désapprouvent pas ce consensus qui s’impose de lui-même : « pour rester en forme et en bonne santé, je ne dois pas manger de gras ».

Nos aliments deviennent « cholestérol free », allégés en gras, sans huile, sans beurre…

Et nous nous étonnons même que tous nos repas ne suivent pas cette filière évidente et salvatrice puisque suggérée comme telle.

Pour finir de nous culpabiliser, on nous rappelle aussi qu’il est indispensable de corriger des « facteurs de risque » supplémentaires notamment d’arrêter le tabac, de surveiller sa tension artérielle, de traiter un diabète et de pratiquer une activité physique régulière.

Il faut aussi surveiller son poids et suivre un régime en cas d’excès de poids et, bien sûr, surveiller régulièrement son taux de cholestérol.

Tout cela est cependant laissé à notre appréciation dans la mesure où l’on fait le plus important c’est-à-dire où l’on ne mange pas gras.

Cela devient une hygiène de vie, une sorte de vérité légitimée par un gentlemen’s agreement implicite qu’il ne viendrait à personne l’idée de le remettre en cause.

D’une façon générale, nous vivons dans un monde pour lequel gras est synonyme de danger.

Une sorte de psychose collective anti-gras, douce et ferme envahit notre société comme les grasses plaques d’athérome envahissent nos artères.

Et ce gras se dépose aussi dans nos adipocytes, nos bourrelets autour de la taille, des fesses ou du ventre. CQFD.

La messe est-elle dite ?

Pour en savoir plus, la suite est dans « La quête du Graas… ».