Comme les plantes, l’apiculture suit le rythme des saisons.

Il en va ainsi de l’essaimage.

Très nombreux en apiculture actuelle, les essaims sont l’un des soucis permanents de l’apiculteur, qui voit ainsi « s’envoler » une bonne partie de sa future récolte.

Mai, juin, juillet sont les trois mois d’essaimage. Les essaims précoces sont préférés, un adage bien connu l’affirme : « Essaim de mai vaut vache à lait ; essaim de juin, un lapin ; essaim de juillet, pas un pet ! » ; ces derniers mouraient de disette en hiver, n’ayant pas eu le temps d’accumuler assez de réserves.

Pour capturer l’essaim, la surveillance des ruches est importante. Cette mission est souvent confiée à la grand-mère (elle reste près de la maison en raison de son âge…) et explique pourquoi les ruches sont souvent situées près de l’habitation et quelquefois même à côté de la porte de la cuisine…

Une agitation des abeilles (« la fièvre d’essaimage »), un bourdonnement plus vif avertissent l’apiculteur de l’imminence d’un départ. Il arrive que les abeilles fassent la barbe, c’est-à-dire sortent en masse sur la face avant de la ruche. Les essaims sortent souvent en milieu de journée, au moment le plus chaud.

La poursuite des essaims chez les voisins est à l’origine de nombreux procès pour en connaître le propriétaire (à rapprocher de l’antique « droit de suite » que possède le propriétaire de la ruche d’où est issu l’essaim, de le poursuivre et de s’en emparer même hors de ses terres).

Dans Les Coutumes générales et locales de la Province d’Auvergne écrites par Chabrol en 1784, un article est consacré aux « bornions à miel d’espave » (= essaim). « Le propriétaire de l’essaim n’est réputé en général y avoir droit, qu’autant qu’il le suit et qu’il ne le perd pas de vue » y lit-on en substance.

« Le bruit fait poser l’essaim », ainsi l’on frappe sur des lames de faux, sur des casseroles ou même l’on tire en l’air des coups de fusil ! On imagine que les ondes émises par ce charivari créeraient des vibrations formant obstacle à l’avancée de l’essaim : il se pose.

D’autres, préférant la manière « douce », se contentent de jeter de l’eau au moyen d’un balai de paille et essaient d’asperger les abeilles ; quelquefois il s’agit de sable ou de terre : « c’est pour simuler l’orage et la pluie ». Certains ont inventé des seringues à eau, voire même des fusils à eau… À Solignac-sur-Loire (43), au début du XXème siècle, le « père » Rome ramassait les essaims sortis de ses troncs d’arbres avec un… parapluie !